Mondes à part

MAGIC BUS : le journal du voyageur

05:30, 14/09/2006 .. 0 commentaires .. Lien
  

Reporters de voyages nous bourlinguons à travers le monde pour traquer les derniers coins "authentiques" de la planète tout en dénonçant les dérives touristiques dont nous sommes témoins : tourisme sexuel, destruction de l'environnement, folklorisation des sites et des rites ancestraux, non-respect et exploitation touristique des peuples indigènes.                                                       

  

                                                                     EDITORIAL

 

 

Voyageurs ! Vous êtes de plus en plus désemparés face à ce monde métamorphosé, uniformisé  par le tourisme de masse, dont ne sont plus exclus les backpakers, qui, "bibles" de voyages en poche, se retrouvent à l’autre bout du monde aux mêmes endroits.

Comme vous, nous aimons voyager libres, comme vous, nous aimons les rencontres et la vraie vie. Nous ne concevons pas le voyage sans tenter de tout comprendre, de tout voir, bref sans essayer de flirter avec la vie des autres. Ce voyage là ne supporte pas l’itinéraire, encore moins les horaires, mais simplement des repaires, essentiels,  pour ne pas se tromper de voyage, ni se perdre. Quittez la route, partez  à l’affût  des différences.

Les carnets de route de Magic Bus, se proposent de  vous emmener « ailleurs »,  là où il s'agit encore de découvertes, de rencontres, de terres vierges, de moments chocs, d'émotions à couper le souffle, bref : d'authenticité ! Qu’ils soient à deux pas des pistes balisées ou au bout du monde, ces lieux, exclus des catalogues des voyagistes nous surprennent. Comment ont-ils pu échapper à l’invasion ?

Avant tout parce qu’ils font  partie du quotidien et de l’intimité des peuples et que ce quotidien  ne se dévoile pas facilement, sans mise en confiance préalable.

Ensuite parce que l’accès à ces endroits-là se mérite, nécessite de s’adapter à  l’inconfort et  à la différence. La sélection des voyageurs se fait naturellement. Une question d’individu et d’amour du voyage.

 A bientôt.

 

L’équipe

De Magic Bus

Au sommaire de ce  premier n° :

*Laos : le compte à rebours

 *Le Mexique des squats western Au sommaire du n° 2 *Un hébergement de rêve partout dans le monde.        


UN HEBERGEMENT DE REVE, PARTOUT DANS LE MONDE

05:02, 4/09/2006 .. 11 commentaires .. Lien

DORMEZ A L'OEIL (ou presque ....)

 

 

Un lit dans un palais au Maroc, un hamac dans une hacienda au Mexique, une hutte sur pilotis avec éléphant perso au Laos, une villa sixtie à Cuba ? Il suffit de chercher pour trouver. Ce que l'équipe de Magic Bus fait pour vous.

 

Loin des hôtels et des guest-houses bondées et sans âmes, il existe une multitude de petits paradis authentiques, où passer ne serait-ce qu'une nuit, est un véritable plongeon dans l'intimité du pays. Nous les avons tous dénichés au fil de nos errances, au gré des rencontres.

Certains valent à eux seuls le voyage. La plupart du temps on laisse quelque chose en partant, soit il s'agit d'une somme dérisoire, soit c'est gratuit ! Mais attention : inconditionnels du confort s'abstenir. Les sites exceptionnels où ils sont situés compensent largement le côté  spartiate.

 

Vous partez prochainement ? Vite, contactez-nous ! Cliquez sur "commentaires" au bas de cette page et indiquez votre email.  Nous vous adresserons un hébergement original et surtout "authentique" en fonction de votre destination. A Bientôt.

 

Catégorie d'hébergements proposés : (certaines photos de lieux sont visibles sur le site  http://www.design-factory-fr.biz/Lieux/Lieux1.htm

 

Bivouacs

Cabanes de mer

Habitat traditionnel

Maisons coloniales

Villas sixties

Demeures kitsch

Campements nomades

Tentes de prospecteurs

Haciendas

Estancias

Monastères/couvents/medressas

Patrimoine à l'abandon

Maisons de mineurs

Palais mauresques

Habitat troglodyte

Villages fantômes

Maisons de brousse

Villas d'Etat

 




NORD LAOS : le compte à rebours

04:57, 27/08/2006 .. 5 commentaires .. Lien

 

Fragilisés par l’afflux des routards, certains villages du Laos ont  perdu leur identité et les populations ; leur dignité. A quelques heures de pistes, mais à des années lumières de cet enfer touristique, subsiste une enclave ancestrale en sursis : l’ultime partie authentique du Triangle d’Or laotien condamnée, elle, par le futur tronçon d’autoroute financé par la Banque asiatique de développement : 3000 kilomètres, qui  relieront Pékin à Singapour. Etat des lieux.

 

 

 En 1998, Sing, comme la plupart des villages laotiens, vivait au rythme du bus retardataire et des échoppes obscures éclairées à la bougie, pas plus grandes que des armoires, où l’on trouvait le strict nécessaire ; des tongs, des épingles à nourrices, du savon brun et des cuillères en métal fabriquées avec les carcasses des épaves de bombardiers américains. L’air tiède, y était alourdi  par la pluie et ses fortes odeurs : le sang des buffles servi à la louche, le nuoc mân macéré et le phô, la soupe chaude servie dans des bols que l’on serrait entre ses mains, assis côte à côte avec les timides Yao, enroulés dans leur boa de laine rouge . Fascinés par la beauté des paysages et l’authenticité des lieux on rêvait de s’installer dans une bicoque de bambous assemblés par des lianes,  en se nourrissant de riz gluant, de la somnolence et de l’état d’esprit ambiant. 

Il n’aura fallu que cinq ans pour que  « Sing » au nord du Laos, devienne un second Golden Triangle thaïlandais. Dans quelques temps les touristes s’y feront tirer le portrait en costume ethnique, comme à Chiang Maï ou à Sapa, au Vietnam !

Depuis que le village figure dans tous les guides de voyages en tant que "spot ethnique", les cybercafés et les baraques de locations de vtt ne désemplissent pas. A la nuit tombée, le bus en provenance de Luang Prabang largue devant les étals sa cargaison de routards, bible en poche, exténués par les inévitables pannes et les douze heures de nids de poules.  Le long de la rue principale, les lumières clignotantes des guesthouses construites à la hâte les attirent comme des mouches. Agglutinés autour des tables ils se refilent les tuyaux et les nouvelles du jour : où trouver un cyber-café, une bière fraîche, une douche, "qui par hasard aurait vu Wilfrid", " la paperasserie à la frontière chinoise"….bref, toutes les préoccupations essentielles du backpaker en condition de survie.

D’autres, assis devant leur bungalow, fixent depuis des jours le marigot vibrant de moustiques  ne bougeant que pour aller troquer contre un tee-shirt une boulette d’opium au marché du matin fréquenté par les minorités.

A Sing, il faut désormais apprendre à esquiver le regard déluré des femmes Iko. Elles "s’enrichissent" à vue d’œil et se font poser des dents en or à la place de leurs dents laquées. Très vite, elles ont appris à distinguer leur proie : le « falang » - l’étranger naïf, tout frais débarqué – à qui elles ne soutireront que quelques kips en échange d’un bout de tissu brodé, du vrai toxico, qui flotte dans son pantalon, qu’elles réussiront sans peine à attirer dans leur village afin qu’il  se noie dans les vapeurs d’opium, allongé sur une natte avec les anciens, dans l’obscurité d’une hutte sur pilotis.

Des projets de grandes envergures se chargent de donner le coup de grâce : là ou les populations attendent depuis des années la simple réfection des routes impraticables en saison des pluies, la Banque asiatique de développement finance la construction d’une autoroute de 3000 kilomètres, qui  reliera Pékin à Singapour. Une nouvelle Transamazonienne qui livrera prochainement aux exactions, au tourisme de masse, à la prostitution et au sida, l’une des zones les plus préservées et fragiles du Triangle d’Or laotien. Déjà, à côté des pelleteuses, les cabines des camions chantiers servent d’abri pour les passes !

 

A quelques heures de pistes, mais à des années lumières !

 

Cap à l’extrême nord donc, en prenant la première piste qui se présente.

La pluie a déjà creusé de profondes ornières. Dominant un à-pic vertigineux, la voie se transforme vite en véritable toboggan s’élançant vers d’autres versants abrupts, disparaissant d’un coup dans la végétation, pour réapparaître à l’approche d’une rivière dont la traversée annonce la énième vallée, habitée par une nouvelle ethnie.

Le pick-up tient bon malgré la dizaine de Hmongs assis à l’arrière du fourgon avec leurs chargements de bambous, leurs arbalètes et leur khêne (l’orgue à bouche) .

Comment ne pas être respectueux de ces silhouettes fragiles croisées sur les pistes, courbées sous le poids des fardeaux, de ces visages burinés, de ces regards usés par les incessantes migrations provoquées par les déforestations ?

Plus de 68 ethnies sont recensées au Laos parmi le nombre invérifiable des minorités nomades qui le peuplent.  Mais c’est dans ce no’man’s land ancestral frontalier de la Chine, du Myanmar et de la Thaïlande que vivent les plus irréductibles :  les Thaïs noirs,  Akhas, Hmongs, Lantens,  Pannas, Yao, Lolo, Sila, Houni, Ho, Kho, iko etc…. une vingtaine d’ethnies,  parlant toutes une langue différente et possédant leur propre culture.. Les ethnologues sont en désaccord sur leur origine exacte, bien que la plupart viennent de Chine, d’où elles ont été chassés au début du siècle.

Au fil des heures et des ethnies transportées de villages en villages, on apprend à reconnaître les Hmongs blancs en guêtres noires sous leurs jupes plissées, les femmes Yao et leurs boas de laine rouge, les Thaï Kho blancs en caracos bleus qui vivent au-dessus de leurs cercueils, installés sous les maisons. Les vieilles femmes Laos Theungs, fumeuses de  pipes, gardiennes des jarres d’alcool de riz. Dans le creux des vallées apparaissent des paysages de création du monde : des huttes sur pilotis éclairées la nuit par des brasiers. Et des   éléphants errants, abandonnés par leur cornac, faute d’argent pour les nourrir.

 

Au fil du chemin, le pik-up se vide de ses occupants, les villages se raréfient . La piste n’est plus qu’un couloir cerné par la végétation, sans horizon,  sans aucune présence animale (les cochons noirs annoncent toujours un village). Faut-il rebrousser chemin ? Impossible de faire marche arrière, à moins de débroussailler pour faire demi-tour.

La multitude de miroirs qui étincellent à deux cents mètres, sous le soleil couchant nous encourage à poursuivre. Ce sont les coiffes des Akhas, brodées d’éclats de mika piquées de clous en argent, cousues des piastres de l’ancienne Indochine. A notre approche,  les femmes effrayées détalent comme des animaux sauvages pris au piège, cherchant désespérant une issue, se heurtant d’un côté, à la carrosserie et de l’autre à la jungle, infranchissable.

Rassurés par les hommes que nous invitons à monter à l'arrière du véhicule, elles grimpent à leur tour.  Dans une envolée de rires et d’effusions de joie, nous atteindrons leur village, planté  là-haut,  tout près du ciel, puisque comme le veut la coutume, les Akhas vivent toujours au sommet d’une montagne afin que « le soleil puisse caresser leurs maisons ».

 

Voyageurs : pour obtenir le carnet de route de cette destination contactez : elia.imberdis@free.fr

Professionnels : pour obtenir le carnet de route, des photos, des contacts se rapportant au sujet ci-dessus, contactez elia.imberdis@free.fr

 




LE MEXIQUE des squats western

05:44, 21/08/2006 .. 0 commentaires .. Lien

 

 

 

Loin des villages fantômes à entrées payantes, subsistent en plein désert, d’authentiques vestiges du Far West et des décors datant des années sixties, où se sont enracinés des nostalgiques de la figuration.  Moteur.

 

 

Dans la poussière de la piste, un vieux pick-up déglingué - l’une de ces caisses qui trimballent les mexicains jusqu’au cimetière et finissent comme cible pour calibre 45 -  s’arrête à notre hauteur.

L’homme se lève de son siège en skaï d’où s’échappe un ressort. Il est taillé dans le monde d’hier. A son allure, on voit qu’il n’est pas un campesino comme les autres. C’est-à-dire, comme ceux d’aujourd’hui, coiffés d’une casquette en résille polyamide orange.

Il s’agit bien d’un cow-boy d’antan, aux épaules fatiguées et aux mains calleuses. D’un revers de manche l’homme essuie la poussière de son Stetson . D’après lui aucun étranger ne s’aventure par ici. D’ailleurs, cette piste, sur laquelle ne passe qu’un cheval par semaine s’évanouit dans le désert, juste après la gare….  Celle qui desservait du temps de sa splendeur le ranch d'une star d'Hollywood.  Le portail de la propriété, surmonté comme il se doit dans pareil cas d’un crâne de vache, tremble comme un mirage au bout de la ligne de chemin de fer. A une portée de balle de winchester de l’édifice à poutrelles de fer, aux murs de briques rongés par le temps.

Hérissé de cactus candélabres, meulé par les tourbillons de poussière, grouillant de scorpions et de serpents à sonnettes, l’endroit ne pouvait que séduire les gringos qui vissaient à coup sûr leurs caméras dans ce trou du cul du Mexique, ancien fief de Pancho Villa.

C’est dans cette gare, vestige de la grande époque de l’Ouest,  que vit notre homme, figurant déchu depuis le dernier « moteur » lancé dans les années 73. Le western ne fait plus recette, laissant une meute d’anciens éleveurs de chevaux comme lui, sur le carreau. Sept films ont été produits ici par John Wayne entre 1965 et 1973. Le héros fatigué se souvient surtout du  « Combat des Géants »,  des « Invincibles » et des « Chacals de l’Ouest ».

A l’intérieur de ce qui fut la salle d’attente, une bannière de linge sale pend au-dessus d’une table où gît une cannette de cerveza Carta Blanca et un reste de soupe aux haricots, figé dans une gamelle. Pour le reste: le hennissement lointain d’un cheval, les cris ridicules d’un paon, le goutte-à-goutte de la citerne d’eau, attestent effectivement d’une présence humaine.

Ici, les jours doivent glisser le long  du cow-boy éreinté, sans qu’il s’en aperçoive. Mais il tient bon. On ne sait jamais, si les gringos revenaient et s’intéressaient encore à sa vieille carcasse ? A sa gueule d’authentique cow-boy,  brûlée par le soleil impitoyable de Durango…

 

Des souvenirs qui collent à la peau...

Ringo, c’est son dernier nom de rôle, a beau faire semblant d’essuyer un coin de table. Des années de crasse sont incrustées .. Il a beau  chasser de la main quelques mouches  soit-disant «  inhabituelles ». Des centaines, engluées sur le serpentin qui dégringole du plafond, trahissent son inaptitude au ménage. Il a beau, en jurant, écraser un cafard « venu d’on ne sait où » sous sa botte, personne ne peut être dupe de la solitude de ce vétéran du western, secoué de sa torpeur,  une fois par an seulement, par son petit neveu étudiant à la ville.

Ses santiags rapiécées et éculées, en ont vu d’autres. En particulier la charge des sioux, qu’il a réglé dans les années 60 pour John Ford, avec ses propres chevaux.. Car il a tourné, c’est sûr avec les plus grands : Charles Bronson, Gleen Ford, Robert Mitchum, Rock Hudson. James Coburn….Ces souvenirs là  lui collent à la peau et hantent ses nuits blanches passées au fond du train ayant servi à d’innombrables poursuites.

 

 Dans l’un des wagons ayant subi de plein fouet la dernière tempête, on fait l’inventaire. L’armoire à glace  provient du premier étage du saloon, dont il reste au loin, un pan de mur. Au fond d’une malle, quelques reliques :   l’escarpin d’une danseuse,  un colt sans barillet, une winchester à la crosse en bouillie. « .Des armes  récupérées dans la Bank, dont il ne subsiste que la façade, juste avant que l’équipe de tournage ne mette la main dessus.

A cette époque là, les peones cachaient encore les armes de la Révolution  entre les piles de draps. Il n’y avait aucun problème pour équiper les acteurs. Mais depuis les gringos, ont fait une razzia dans les alentours,  ils ont tout raflé pour rien et ont revendu à prix d’or ».

Le paon fait la roue sur la banquette en skaï turquoise d’une vieille Cadillac dont l’essieu sert de perchoir aux poules. Le plus gros cachet du  vétéran d’Hollywood !

Toute la saga du western passe à travers ce conteur né, sans prendre une ride. Son vieux couvre-chef auréolé de sueur sur ses genoux, il évoque Géronimo,  son premier rôle, lorsqu’il faisait le mort. Puis Cananea, sa plus belle prestation à cheval, lorsqu’il devait dégainer en plein galop avec son pote Antonio en croupe.  Un septuagénaire comme lui, le crâne brûlé par le souvenir, échoué à deux heures de cheval d’ici, dans une baraque de shérif en bois, l’un des seuls décor avec l’église, la sellerie et quelques granges, à avoir résister aux incendies provoquées par les feux de cuisine. Dans l’avenue principale, bordée de maisons blanches traditionnelles en torchis  les cochons s’ébattent dans le crottin de chevaux squelettiques. Le linge élimé, sèche dans le vent chaud et sec du désert,  entre les arcades d’une hacienda en ruine d’où s’échappent des rires d’enfants. 

 

Voyageurs : pour obtenir le carnet de route des "squats western" contactez : elia.imberdis@free.fr

Professionnels : pour obtenir le carnet de route, des photos, des contacts se rapportant au sujet ci-dessus, contactez elia.imberdis@free.fr

 

 




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